jeudi 23 décembre 2010

Baroin: «Sarkozy est un choix évident en 2012»

INTERVIEW - Le ministre du Budget estime qu'à l'UMP la jeune génération ne veut pas « prendre le risque d'un retour de la gauche ».

Le ministre du Budget, porte-parole du gouvernement, défend la décision de Nicolas Sarkozy de reconduire François Fillon à Matignon, en y voyant «le choix de la stabilité dans l'action». «C'est le mouvement qui renforcera tout ce qui a été engagé» depuis 2007, dit François Baroin qui «souhaite vraiment la réélection» du président en 2012.

LE FIGARO - Le gouvernement Fillon III marque-t-il la nouvelle étape promise par Nicolas Sarkozy?


François Baroin - C'est indiscutablement une nouvelle étape. L'équipe gouvernementale est plus resserrée. Les réformes vont se poursuivre. Le choix du président de la République de reconduire son premier ministre, c'est le choix de la stabilité dans l'action.

Beaucoup ont dit « tout ça pour ça ». Partagez-vous cet avis?

Absolument pas. Nous commençons seulement à prendre la mesure de l'importance du passage au quinquennat dans le rythme de la vie politique. Sur fond de crise internationale, le président de la République tient ses engagements de 2007 car il faut de la stabilité. C'est ce qu'a rappelé François Fillon dans sa déclaration de politique générale en disant que « l'élan de la réforme est intact ».

Vous parlez de stabilité alors que le bouclier fiscal à 50 %, mesure emblématique du début du quinquennat, va être supprimé.

La stabilité n'est pas synonyme d'inaction ou de conservatisme, mais d'équilibre dans les réformes. La question du bouclier ne sera levée que si la question de l'ISF est elle-même levée. C'est le sens de la réforme fiscale souhaitée dans le cadre de la convergence avec l'Allemagne. L'un des objectifs de la réforme fiscale sera de transformer l'ISF qui est un impôt sur le patrimoine en un impôt sur les revenus du patrimoine.

N'est-il pas dangereux de s'attaquer à l'ISF avant la présidentielle?

Il faut du courage. Notre volonté, c'est de conduire les réformes jusqu'à la fin du quinquennat. La crise a bousculé tous les fondamentaux en profondeur. La poursuite des réformes est indispensable. C'est le mouvement qui renforcera tout ce qui a été engagé.

Ne redoutez-vous pas le matraquage du PS sur la suppression de l'ISF?

Ces critiques ne tiendront pas lieu de politique. Avec leurs propositions sur ce qu'ils appellent « l'égalité réelle », on voit bien que les socialistes n'ont pas du tout intégré la crise et le changement d'époque. Les socialistes sont dans une logique doctrinaire, idéologique. Leur modèle, c'est celui d'une économie administrée qui ne tient pas compte de la réalité des finances publiques. Je préfère assumer le débat sur l'ISF et le bouclier fiscal plutôt que de me retrouver, comme le PS, avec la perspective d'un retour au programme commun de 1981 dont l'issue a été, deux plus tard, une catastrophe pour notre pays.

Selon vous, Dominique Strauss-Kahn sera-t-il candidat en 2012?

Il ne peut pas ne pas être tenté à la lumière des sondages flatteurs. Mais il commettrait une grave erreur de s'y fier, tellement on est loin de l'élection présidentielle. Que le candidat PS soit Dominique Strauss-Kahn ou Martine Aubry, je lui souhaite beaucoup de courage pour faire la synthèse entre l'aile gauche qui fait des clins d'œil à l'extrême gauche et les sociaux-démocrates qui ont du mal à se faire entendre.

Vous avez signé en septembre avec Bruno Le Maire, Jean-François Copé et Christian Jacob une tribune dans laquelle vous réclamiez un changement de gouvernance. Avez-vous le sentiment d'avoir été entendus?

Cette tribune avait été considérée par beaucoup comme l'expression d'ambitions personnelles. Or, son message essentiel était un engagement public, parmi les tout premiers, au service de la réussite de Nicolas Sarkozy pour la prochaine campagne présidentielle s'il décide d'être candidat.

Diriez-vous, comme Alain Juppé, que Nicolas Sarkozy est « un choix de raison » pour 2012?

Nicolas Sarkozy est un choix évident. Je souhaite vraiment sa réélection. Dans ma génération, qui a déjà une certaine expérience, personne ne veut prendre le risque d'un retour de la gauche.

Dominique de Villepin pourrait-il gêner la réélection de Nicolas Sarkozy?

À l'évidence, Dominique de Villepin n'a pas fait le choix, comme Alain Juppé ou moi, de s'engager très tôt aux côtés de Nicolas Sarkozy.

Villepin doit-il être exclu de l'UMP?

Je n'imagine pas un politburo convoqué pour traiter cette question. Ce choix appartient plus à Dominique de Villepin qu'à la direction de l'UMP. Je ne sais pas s'il ira jusqu'au bout de l'aventure et on est à dix-huit mois de l'échéance…

Jean-Louis Borloo a quitté le gouvernement, la présence de centristes est réduite. Y a-t-il un malaise dans la majorité?

Je ne le crois pas. La question de la place des centristes ne résiste pas à l'analyse. Michel Mercier, l'ancien trésorier de François Bayrou, a été nommé à la Justice, Maurice Leroy à la Ville et Philippe Richert aux Collectivités territoriales. Le président a joué son rôle de leader en rassemblant sa famille. Le retour d'Alain Juppé, ma présence au gouvernement depuis huit mois sont aussi des messages adressés à la filiation chiraquienne.

Que vous inspirent les critiques sur l'OPA des ex-RPR ?

On ne va pas s'excuser que les gaullistes représentent le premier courant de la vie politique française. Je ne m'excuse pas d'avoir été le porte-parole de Jacques Chirac et d'avoir contribué à sa victoire en 1995. Aujourd'hui, ce courant, c'est un pragmatisme au service d'une certaine idée de notre pays. Il produit, de génération en génération, des leaders capables de diriger le pays. Ce qui est le cas aujourd'hui de Nicolas Sarkozy.

L'élection de Christian Jacob à la présidence du groupe UMP de l'Assemblée nationale conforte pourtant les ex-RPR.

Christian Jacob est un ami et je me réjouis de son élection qui répond à des critères personnels et n'est pas le résultat d'une consigne de vote. Les consignes de vote pour ce type d'élections n'ont jamais marché. D'ailleurs, Nicolas Sarkozy s'est bien gardé d'en donner.

Et l'arrivée de Jean-François Copé à la tête de l'UMP?

C'est une excellente nouvelle pour l'UMP. Jean-François Copé, qui est aussi un ami, veut apporter sa contribution à la campagne de 2012. Il veut mettre le parti sous tension dans le bon sens du terme.

L'affaire de Karachi peut-elle peser sur la fin du quinquennat?

Les familles ont le droit à la vérité ; aucun élément ne doit faire obstacle à sa manifestation. Les documents permettant de favoriser le travail des magistrats sont à la disposition de la justice comme l'a toujours souhaité le président de la République. Par exemple, le juge Renaud Van Ruymbeke a sollicité Bercy et obtenu les documents demandés. Pour le reste, les accusations terribles, les soupçons, les sentiments d'intime conviction de tel ou tel nous éloignent de deux points essentiels : la douleur des familles et le respect de l'État de droit.

Source Le Figaro
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